31/01/17 – La sécurité privée, un sujet pour la présidentielle ?

Plus personne ne doute que la sécurité des Français fera partie des sujets imposés aux candidats à l’élection présidentielle cette année en France.

Depuis les attentats de 2015, la prise de conscience sécuritaire de la société face aux défis posés par le terrorisme s’est accompagnée de l’émergence d’un double consensus au sein de la classe politique : la nécessité de repenser notre sécurité intérieure pour prévenir les passages à l’acte, et la non moins nécessaire cohérence entre cette dernière et la politique étrangère. Ce point essentiel avait été amorcé en 2008 avec le concept de sécurité nationale, mais était resté un vœu pieux jusqu’à la vague d’attentats.

Repenser la sécurité intérieure à l’aune des nouvelles menaces a rapidement conduit le gouvernement et les directeurs d’administrations au constat que les forces étatiques – police nationale, gendarmerie et armées – ne suffiraient plus à répondre aux besoins nouveaux (renseignement, enquêtes) et anciens (protections de site, patrouilles). D’une part, la demande explose dans tous les secteurs : instituts culturels, religieux, écoles, hôpitaux, centres commerciaux … Quand la cible est un mode de vie, la liste des objectifs est infinie. D’autre part, les forces de l’ordre expriment de plus en plus ouvertement un ras-le-bol des missions statiques, à faible rendement si l’on considère leur formation, leur entraînement et leurs capacités.

La question n’est donc plus de savoir si l’Etat va se désengager de pans entiers de la sécurité et transmettre le fardeau au secteur privé, mais à quel rythme et dans quelles conditions ce transfert aura lieu.

L’impression dominante est que le thème de la sécurité privée, de sa place dans le dispositif de sécurité intérieure et donc de ses prérogatives, fera partie des débats de la présidentielle car il ne fait pas encore consensus.

Toutefois, la réflexion est éclatée sans qu’il y ait vraiment de coordination ou d’impulsion centralisée, sans qu’apparaissent donc des lignes claires de conduite du changement. Les principales organisations patronales (SNES, USP) ne produisent pas de réflexion commune. Les think tanks se multiplient : Cercle de la sécurité, Les 3 Cercles… Les contributions affluent, la dernière en date provenant du CDSE. Le SGDSN co-pilote un groupe de travail sur la formation de certains agents de sécurité. Ce bouillonnement intellectuel témoigne de l’acuité du sujet et de l’urgence à trouver des solutions.

Si l’émergence d’idées est toujours positive, il importe, sur un sujet aussi important et dans la perspective d’une sécurité privée imbriquée dans le dispositif global de sécurité nationale, que l’Etat prenne résolument la tête de réflexions qui devront alimenter objectivement les idées puis programmes politiques. Le CNAPS étant affaibli, depuis qu’en quelques mois son directeur puis son président ont été inquiétés par la police judiciaire, et le sujet étant interministériel par essence, ce rôle d’organisateur et de coordinateur doit naturellement revenir au SGDSN.